Conseil municipal du 5 janvier 2026
R 2026-32 Participation aux frais de fonctionnement des écoles privées de Villeurbanne pour l’année scolaire 2025/2026
Intervention commune des groupes cercle Radical et Place Publique et Les Écologistes faite par Jonathan Bocquet
Monsieur le Maire, chers collègues,
Nous sommes préoccupés par l’offensive menée par l’enseignement privé pour capter toujours davantage de fonds publics, au risque de fragiliser l’école républicaine : discours victimaires, campagnes médiatiques, mises en concurrence assumées avec l’enseignement public.
Si toutes les écoles privées n’en sont pas coupables force est de constater également que s’accroit une logique de marchandisation de l’éducation.
L’enseignement privé capte 13 milliards d’euros d’argent public, soit 15 % du budget de l’Éducation nationale. Dans le même temps, le dernier rapport de la Cour des comptes nous apprend que près de 10 % des heures de cours ne sont pas dispensées faute de professeurs dans le public. Depuis 2019, la loi Blanquer contraint les communes à verser environ 150 millions d’euros par an et octroie des moyens supplémentaires aux écoles maternelles privées du fait de l’abaissement de l’âge de scolarisation obligatoire à 3 ans. Mais « plus », ce n’est jamais assez : au dernier Salon des maires, l’enseignement catholique est venu réclamer 1 milliard d’euros supplémentaires aux collectivités. Les limites de la décence sont franchies.
Ce financement est celui du séparatisme socio-scolaire. Celui-ci s’aggrave d’ailleurs depuis 20 ans puisque le privé ne remplit pas d’obligation sociale. Le taux d’enfants issus de milieux favorisés ne cesse d’augmenter dans le privé. Seulement 11 % des élèves sont boursiers dans le privé, quand 30 % le sont dans le public. Alors qu’ils sont financés à 75 % par des fonds publics, les établissements privés sous contrat contournent la carte scolaire, sélectionnent toujours plus les élèves qu’ils accueillent et n’assument pas l’accueil des plus fragiles, qu’ils soient porteurs de handicaps, allophones ou tout simplement en besoin éducatif et scolaire particulier.
Pire, certaines écoles privées sous contrat refusent d’appliquer les lois qui s’imposent à elles, telles que la loi Peillon sur les rythmes, la loi Attal sur les collèges, la loi sur l’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité. Certaines refusent de se soumettre aux contrôles de l’État sur la protection de l’enfance, le respect des programmes de l’Éducation Nationale. D’autres revendiquent de pouvoir faire la prière en classe.
Et renforcer financièrement un système qui organise, de fait, la ségrégation scolaire, c’est affaiblir celui qui porte l’idéal républicain.
L’école publique n’est pas une offre parmi d’autres. Elle est la seule à accueillir tous les enfants, sans sélection, sans condition de ressources, sans filtre idéologique ou confessionnel. Elle est la seule à garantir concrètement l’égalité des chances, la mixité sociale, la laïcité et l’émancipation par le savoir.
L’an dernier nous avons procédé à une régularisation comptable. C’était le résultat d’une analyse technique approfondie des comptes de la collectivité afin d’objectiver au plus près de la réalité le forfait dû aux écoles privées. C’était une décision dépassionnée au delà des considérations de fond sur l’école publique.
Doit on regretter de ne pas avoir été plus offensif ?
Fatalement, quand l’État subventionne massivement un service privé concurrent du service public, le service public n’a pas les moyens d’assurer ses missions.
Pour reprendre les termes de la tribune d’une vingtaine de syndicats, d’associations de parents d’élèves et d’éducation populaire, appelant à sortir du financement public de l’école privée :
« Redonner espoir et ambitions à toute la jeunesse nécessite de concrétiser partout les visées émancipatrices de l’école publique laïque. Faute de moyens, faute d’une défense véritable face aux attaques des réactionnaires de tous bords, elle est aujourd’hui malmenée. Il est urgent que la République soutienne pleinement son école, la seule école de toute la jeunesse de ce pays ».
Je vous remercie.
Seul le prononcé fait foi.